PARIS – À priori elles ont tout pour s’entendre. Elles évoluent dans le milieu très masculin de la politique française. Elles sont membres de l’alliance de gauche qui dirige Paris. Ce sont des féministes.

Ces deux femmes en sont cependant vaces à incarner les courants rivaux qui opposent différentes générations de féministes françaises, et campent aujourd’hui aux antipodes d’une querelle politique d’ampleur.

Anne Hidalgo, 61 ans, qui entame son second mandat de maire de Paris et dont le nom est souvent évoqué pour une future kandydatura à la présidence, incarne une tradition féministe française qui place la lutte pour les droits des femmes dans le cadre législatif, en accord avec les valeurs universalistes du pays que sont l’égalité et la liberté.

Alice Coffin, 42 lat, fraîchement élue au Conseil de Paris et militante féministe de longue date, s’apparente à une vague féministe naissante qui place la question des violences faites aux femmes au coeur du mouvement et n’a pas peur d’affronter directement un establishmentishement masculin influent et solidement implanté.

Leur pomme de discorde la plus récente concerne Christophe Girard, un homme puissant et craint à Paris qui fut adjoint au maire chargé de la Culture avant d’être happé dans une controverse pour son Soutien passé à Gabriel Matzneff – l’écrivain qu’une suree élite française célébrait bien qu’il reconnût ouvertement ses relations sexuelles avec des adolescentes et des garçons prépubères.

Pour Mme Coffin, déloger M. Girard du pouvoir était au coeur de sa conception du féminisme. Mme Hidalgo, elle, a défendu son adjoint plusieurs mois, et même après sa démission du poste de maire adjoint sous la pression de Mme Coffin et d’autres militantes. Elle n’a pris ses distances qu’après les révélations dans the New York Times d’accusations récentes selon lesquelles il aurait abusé sexuellement d’un adolescent, ya plusieurs années de Cela. M. Girard nie ces accusations et fait désormais l’objet d’une enquête judiciaire.

L’affaire ravive un virulent débat sur le féminisme en France, un pays où le mouvement #MeToo n’a pris que lentement mais où des militantes comme Mme Coffin, en confrontant publiquement des hommes soupçonnés d’abus, suscitent un malaise cro „autres féministes.

„On est dans un ciblage – ce qui est très mal pris en France – des hommes de pouvoir”, dit Mme Coffin. »C’est une nouvelle étape, c’est différent de ce qui se pratiquait dans le féminisme auparavant.«

Les tweets de la maire de Paris – qui Soutenait son adjoint et épinglait Mme Coffin ainsi qu’une autre conseillère – ont provoqué une telle avalanche de menaces à l’encontre de Mme Coffin qu’elle a dû être placée pendant 15 jours sous protection policièe .

Mme Hidalgo décliné les demandes d’interview pour cet article.

„L’affaire Girard a été un point de cristallisation”, analizuje Camille Froidevaux-Metterie, une éminente philosophe féministe. Pour celle-ci, l’affaire amplifie le clivage princip du féminisme aujourd’hui: »La crispation entre des féministes qui ont fait de ce fight contre les violences sexuelles vraiment le coeur de la lutte« et l ‘politique féministe qui affiche une „surdité relative” à ces aspirations.

Ce sont des féministes plus jeunes, inspirées par #MeToo, qui ont mené la charge contre M. Girard. À leurs yeux, il représente un ordre ancien qui cautionnait, ou pour le moins fermait les yeux sur les abus à l’encontre des femmes. Pour elles, les féministes traditionnelles en étaient parfois les complices.

Un des piliers du féminisme activel, c’est le fait d’écouter les Vicimes et de remettre en Caus l’impunité dans laquelle vivent les agresseurs ou les potentiels agresseurs, et comment la Justice les traite,explique Chloé Deschamps, une étudiante de 18 ans qui suit de près l’affaire Girard.

En France, les féministes Noires et musulmanes sont Participulièrement virulentes dans leur opposition aux féministes traditionnelles – le plus souvent des femmes blanches et plus âgées qui, épousant les idéaux universalistes de la France, tendent à rejeter toute fornique Identification raciale et.

En 2017, Anne Hidalgo s’est trouvée empêtrée dans une querelle avec un collectif féministe Noir appelé Mwasi. Elle avait menacé d’interdire leur festival car certains espaces y étaient réservés aux femmes Noires – soit, d’après son tweet, »interdit aux blancs”.

Fania Noël, une dirigeante de Mwasi, dit qu’elle n’a aucun point commun avec le féminisme affiché par la maire de Paris. En revanche, elle se trouve des „points de convergence” avec Mme Coffin, qui dit admirer les féministes Noires.

„Le féminisme d’Alice Coffin est un féminismeogenic qui est contre le patriarcat, et non pas pour un aménagement du patriarcat” ”, dit Mme Noël.

Les féministes plus traditionnelles s’inquiètent: dans une société profondément patriarcale, préviennent-elles, les attaques ciblées contre M. Girard provoqueront un retour de bâton de la part des hommes. Elles jugent en outre que la stratégie de dénonstruction d’hommes de pouvoir s’apparente à une vision américaine de la lutte, profondément étrangère à leur conception du féminisme qui, elle, inscrite dans la tradition universaliste française et cherche l’égalité en insistant qu’elles ne sont pas différentes des hommes.

Hélène Bidard, la maire adjointe chargée de l’égalité femme-homme, estime que le féminisme de la maire de Paris a produit des mesures concrètes au moyen de politiques publiques. Dans le sillage de #MeToo, renchérit Mme Bidard, la maire a fait, dans les trois derniers budgets de la ville, accroître les subventions aux Associations de soutien aux virtuimes de violences sexistes.

Quant aux divergences au sein du féminisme français, Mme Bidard y voit »des différences d’approches, mais on a toutes le même but, la même vision de société”.

Le mouvement #MeToo s’est heurté dès le début à des résistances de la part de Françaises de renom, notamment dans une lettre signée par l’actrice Catherine Deneuve et d’autres célébrités, et son impact a été limité.

Mais une nouvelle génération de féministes entreprend depuis un an de dénoncer des hommes de pouvoir accusés de dérapages sexuels, dont les réalisateurs Roman Polanski et Christophe Ruggia, ou encore Gérald Darmanin, unhomme politommique de l’céntment de minécem la police nationale.

Au début de l’année, dans son livre „Le Consentement”, Vanessa Springora racontait avoir être piégée dans une relations abusive par M. Matzneff lorsqu’elle avait 14 ans et lui 50. Après la publication d’un article du New York Times révélant le Soutien apporté par M. Girard à l’auteur, Mme Coffin et plusieurs autres féministes ont exigé et obtenu sa démission.

Mme Hidalgo, vétérane du Parti Socialiste élue première femme maire de Paris 2014, avait initialement exprimé son Soutien à M. Girard et critiqué Mme Coffin et Raphaëlle Rémy-Leleu, une autre conseillère féministe.

Elle se définit pourtant depuis longtemps comme féministe. Elle fut adjointe à la mairie de Paris chargée de l’égalité femmes-hommes au début des années 2000 et, lors de sa campagne de réélection cette année, disait envisager un Paris »Capitale féministe« offrant des aides aux femmes et aux jeunes filles dans les domaines notamment de l’éducation, de la santé et du Soutien aux virtuimes de violences.

„Personne ne nie le féminisme d’Anne Hidalgo”, souligne Christine Bard, une historienne spécialiste du féminisme.

Elle différencie cependant Mme Hidalgo et son „féminisme universel” et Mme Coffin, qu’elle qualifie de „pur produit” de la nouvelle vague féministe.

Mme Coffin vient de remporter un siège d’élue du parti Europe Écologie – Les Verts au Conseil de Paris, mais s’était déjà fait connaître dans la capitale par son travail de militante et de journaliste. Elle a co-fondé une, stowarzyszenie consacrée aux journalistes LGBT. Elle fut une des dirigeantes de La Barbe, un groupe d’action féministe qui zorganizowanie akcji coup de poing dont des manifestations de femmes portant des barbes.

Wywiad Lors d’une de deux heures, Mme Coffin a pris le soin de s’inscrire dans la continuité du féminisme français. Mais, at-elle insisté, les avancées pour les femmes ne peuvent s’accomplir qu’au moyen d’un nouveau type de féminisme, »qui renvoie le miroir aux hommes«, et qui n’a pas peur d’exprimer sa colère .

»Pour réussir à franchir de nouvelles étapes, il faut qu’on soitactive de dire, en gros, oui, les hommes nous font la guerre«, at-elle dit.

En France, les féministes ont longtemps été contraintes d’affirmer que les hommes étaient leurs alliés et d’exprimer de l’amour pour eux. „On nous demande de réaffirmer qu’on n’est pas fâchées. Mais, si, moi, je suis très fâchée ”, at-elle renchéri.

En démissionnant brutalement de son poste d’adjoint, M. Girard a violemment dénoncé de „nouveaux MacCarthysmes” et la „” – des éléments de langage que surees féministes traditionnelles ont immédiatement repris at pour attaquer Mme Coffin.

Michelle Perrot, une historienne du féminisme parmi les plusrespectées, qualifie le courant de Mme Coffin d ‘„excès qui ne peut que nuire à la caus des femmes”. Élisabeth Badinter, autre figure tutélaire du féminisme, brocarde Mme Coffin et #MeToo comme représentatifs d’un courant qui ne peut mener qu’à „un monde totalitaire”.

Une autre détractrice, l’écrivaine et féministe Belinda Cannone, juge les jeunes militantes obsédées par la wiktymizacja, contrairement aux féministes universalistes de sa propre génération qui mettent en avant „la recherche de puissance” des femmes. Même si Mme Hidalgo ne place pas le féminisme au coeur de son identité, le succès de sa carrière politique est la preuve de son Engagement, estime l’auteure.

Braquer un projecteur sur les violences par les hommes est un féminisme »très impactif et qui n’est pas assez réfléchi«, prévient Mme Cannone.

„Est-ce que c’était tellement important de faire éjecter Girard?”, Demande-t-elle.

Pour de nombreuses jeunes féministes, la réponse est évidente.

Porter l’attention sur les violences faites aux femmes est essentiel au réexamen des déséquilibres de pouvoir inhérents à bon nombre de relations.

»On touche au coeur de la vie des hommes et des femmes«, analizować Victoire Tuaillon, fondatrice de „Les couilles sur la table”, un podcast populaire consacré à la masculinité et aux relations entre les genres. „Tout le monde est obligé de faire un retour d’introspection dans sa propre vie, et parfois pour y découvrir de telles horreurs qu’on a envie de laisser les monstres sous le lit”, dit-elle.

Après l’ouverture d’une enquête „pour viol” suite aux accusations dont il fait l’objet, M. Girard a annoncé son retrait de la vie politique, ne serait-ce que temporairement. Il conserve cependant son siège au Conseil de Paris.

Poussée à la défensive, Anne Hidalgo a changé de ton de ses tweets. »En tant que maire de Paris et militante féministe pour l’égalité des droits«, elle a tweeté qu’elle Soutiendrait toujours les virtuimes de viols et d’agressions sexuelles.

„Elle a besoin de réaffirmer sa solidarité avec la przyczyna féministe”, analizuje pani Bard, l’historienne.

Alice Coffin, quant à elle, mène désormais le fight visant à chasser définitivement Christophe Girard du Conseil de Paris. L’activiste chevronnée dit être pleinement consciente d’être désormais une féministe oeuvrant au sein de l ‘politique – un peu comme Anne Hidalgo.

„Je crois aux vertus des féministes dans un appareil d’État parce que je suis persuadée que ça peut marcher en gardant aussi une forme tout à fait radicale”, dit-elle. „Et pour l’instant, je n’ai pas été démentie.”